vendredi 29 août 2014

Combien vaut Dodo ?

Combien vaut une histoire ? D’un point de vue strictement économique, combien ça vaut? Disons Moby Dick de Melville (Z’avez pas lu Moby Dick? Vous êtes passés à côté de quelque chose de grand mais on s’en fout, ce n’est une critique de livre que j’écris). Combien vaut ce récit? Combien valent les idées que ce bouquin nous met dans la tête? Combien vaut la phrase « Appelez moi Ismaël. »? Combien valent Achab, Starbuck, Queequeb?

On peut trouver le bouquin à moins de 10 dollars facilement. Mais ça, c’est le livre. L’objet. Disons 5 dollars. Un exemplaire de Moby Dick pour 5 dollars. Libre de droit d’auteur. Tout va bien. Mais sa valeur économique ne se réduit pas à ce 5 dollars ou je me trompe? Je prends trois semaines pour lire Moby Dick et je pénètre un univers. Des images se dessinent dans ma tête. Je suis ailleurs. J’accède à des sentiments, à des sensations, à des connaissances. Je m’émerveille, je m’étonne, je m’ébahis. Ça vaut combien?

Prenons un autre bouquin. Disons, Dodo le dodo fait du ski. L’histoire d’un dodo qui, grâce aux avancées de la génétique, revient à la vie et part en montagne, après s’être enfui, grâce à l’aide d’un jeune et idéaliste chercheur prénommé Robert, d’un laboratoire expérimental dirigé par un méchant conglomérat, et y apprend les rudiments du ski. Le livre s’ouvre sur la phrase suivante : « L’œuf craquela doucement à la grande satisfaction de Fennymore Greed qui se frotta les mains de contentement. »

Combien vaut cette histoire ? Combien vaut l’univers de Dodo ?

Peut-on s’en passer ? Et si oui, est-ce économique de s’en passer ? Est-ce que le coût de l’histoire moins le coût du bouquin est un bon investissement ?

Et si je ne savais pas ce qu’est un dodo et que le bouquin m’apprend un mot. Et qu’apprenant ce qu’est un dodo, je m’interroge sur les animaux disparus, ça a bien une valeur, ça. Combien ?

Ce sont mes questions au ministre Bolduc.

Dire que les bibliothèques scolaires ont assez de livres -et je sais qu’il s’est excusé et que c’était un mauvais jour et que c’est malheureux qu’on l’ait pris comme ça- et qu’on n’a pas assez de fric, ce qui fait qu’il faut couper quelque part et que les commissions scolaires pourraient bien sauter un an et que personne n’en mourrait, pourrait peut-être se défendre d’un point de vue économique. À la condition qu’on sache de quelle économie il s’agit. À la condition qu’on connaisse la valeur d’un mot, d’une phrase, d’une image qui se crée dans notre tête… À la condition qu’on connaisse la valeur de lire.

Vous êtes passés à un autre scandale? Cette déclaration du ministre Bolduc est derrière vous ? Pas moi. Je n’en suis pas revenu. Je pense que c’est symptomatique. Nous vivons une époque qui laisse un ministre de l’Éducation nous dire qu’on peut se passer d’univers, d’imagination, de créativité pour un an. Me semble qu’on touche à quelque chose qui ressemble à de la civilisation. À de la culture, au sens large. À de l’humanité.

Il faut faire des économies, soit. Alors où?    

On devrait couper dans les parcs nationaux. Si Ottawa peut le faire, pourquoi pas nous ?  

Et de toute façon, qui a besoin de promenade en forêt ?
    


 P.S. Malheureusement, l'histoire de Dodo le dodo n'existe pas. Elle attend patiemment l'illumination d'un auteur.

vendredi 15 août 2014

Très nécrologique tout ça.

Les nuages sont lourds et le temps est maussade. Le temps déprime. Triste semaine.

Petit truc : quand je déprime, je regarde des bonhommes à la télé.
Quoi ? C’est de la merde, mon truc?
Déprimez tout seul d’abord.
Je m’en fous de vous.
Je m’en fous de tout le monde!! Je m’en vais.
Je vais regarder des bonhommes.

*

On est revenu du Maine. On est à la maison. En fait, juste moi, maintenant. Y a mon fils mais il n'est jamais là, ça compte pas. Ma blonde, elle, est repartie à Toronto avec ma fille et je me sens seul.
Petit truc : quand je me sens seul… Ah pis, je vous emmerde.

*

L’oncle de ma blonde est mort dimanche. Il a refusé tous les traitements. Il est mort en tête de mule, en entêté. Pas de service, pas de cérémonie, je meurs, c’est correct. Ciao! Il a pris la mort de front et, s’il a eu peur, il l’a gardé pour lui.

Ça impose l’admiration. Moi, je suis un enfant et j’ai peur du noir.

*

J’ai fumé facilement deux dizaines de clopes avec Raymond Gravel. Sur le parvis de la Chambre des communes. Il riait tout le temps sauf quand il sacrait. Étrangement, dans mon souvenir, il riait tout le temps et il sacrait tout le temps. C’est fou la mémoire.

Pour vrai, et c’est mon hommage, disons, on a parlé de Dieu à un party de Noel une fois. Ça a pas duré longtemps, ce type ne voulait pas tant qu’on croit en Dieu qu’on croit en l’homme. Très efficace.

*

On dirait que la mort de Robin Williams m’a troublé plus que toutes les autres. Plus triste. C’est peut-être la mort la plus triste d’une célébrité dont je me rappelle. Kurt Cobain en était presque rigolo. Mais pas Dédé. Robin Williams et Dédé. Ça, c’est des morts tristes. Ben, plus pour nous que pour eux. C’est des morts qui enlèvent un peu d’espoir.

Petit truc : quand je perds un peu espoir… Je regarde pas les bonhommes tout de même, je me prends une attivan et je fais une sieste. Et c’est pas un truc, c’est juste ce que je fais.

*
J’ai pris un verre à New York avec Lauren Bacall. Au Barrymore, près de Broadway. Il y a quoi, plus de vingt ans de ça. Heureusement, dans la vingtaine, j’avais vu tous ses films avec Bogart. Bref, le proprio du bar m’avait dit qu’elle venait prendre un verre tous les lundis midi, un scotch, un gin, me rappelle même plus. Je suis allé. Elle était là. Et je l’ai rejoint à sa table.

J’ai aussi embrassé Jane Birkin sur les joues une fois à Québec, mais heureusement, elle, elle n’est pas encore morte.

*

Y a quelque chose du Bloc qui est mort aussi cette semaine. Franchement, je ne saurais dire encore c’est quoi.

*

Le temps déprime. Triste semaine. Quand je serai grand, peut-être que je regarderai la mort en face et je lui dirai que j’ai pas peur. Mais pour l’instant, je suis petit et elle me terrorise.

Heureusement, dans ce temps-là, je me rappelle qu’il y a la vie. Pas le temps de déprimer quand on a des comptes à payer. 




(On voit bien que j'écris mes titres en dernier. C'est plus honnête, je trouve. Les titres, c'est pas facile. Un titre qui serait meilleur que le texte, ce serait poche, avouez. Un titre, c'est comme une promesse. Alors, faut pas trop en mettre. C'est ce que je dis.)



samedi 9 août 2014

Nouvelles aventures quasi paranormales du Vilain Rouquin dans le Maine.

Plus de Francophones dans un IGA de Wells que dans un Métro de Ville Mont-Royal. Ils sont partout. Nous sommes partout. Je suis l’un d’eux. Un envahisseur. Les plages, les magasins de souvenir, les restaurants, hôtels, motels, campings, des Québécois partout. Remarquez que ça a ses avantages. Quand ma blonde prend le volant et qu’elle gueule au gars en avant d’elle : « mets ton clignotant, crisse de cave! », il comprend. Comme chez nous.

*

J’ai toujours pas pardonné aux Québécois d’avoir élu Couillard. Si je leur en veux autant, ça doit vouloir dire que mon sentiment d’appartenance n’est pas entamé : nous avons élu Couillard. Nous. Moi comme les autres.

*

Les vagues salées. Assis dans l’eau, je me laisse pousser vers la plage puis vers le large, irrésolu, dirait Gainsbourg. Les plus hautes passent par-dessus ma tête. Je suis loin. Dans la mer. Bien. Je paierai le prix, déjà j’ai les orteils d’un homard.  

*

-Vanilla, please.

Vanilla please? Cette gonzesse me tue. Pendant cinq heures minimum, elle m’a cassé les oreilles pour aller au Scoop Deck. 75 variétés de crèmes glacées. Caramel salé, pâte à brownie, tourbillon de chocolat, morceaux de toffees dans une crème glacée aux pépites de beurre de pinotte, disons. Avec des noms du câlisse que je n’ai pas retenus parce qu’ils étaient une langue étrangère en soi. Do you speak ice cream? Vanille. Elle a pris vanille.

Vanille et chocolat, les deux saveurs de base. Celles qu’on trouve partout. Bonnes, certes, je ne discuterai pas. Mais exotiques? Surprenantes? Inattendues? Vanilla, no sugar, please.

*       

Je suis toujours pro-charte, plus que jamais. J’y pense de temps en temps. Pas tout le temps, je pense plus au meilleur endroit pour trouver une clam chowder qu’à la charte mais j’y pense. Tracer une ligne. La charte dressait un mur entre l’État et les religions. Espace public, crois ce que tu veux. Espace étatique, garde pour toi ce qui t’appartient. Les religions imposent tellement un code moral, un comportement obligatoire. Et c’est correct. Pas de problème avec ça. Quand la religion entre dans l’État, ça finit toujours mal.

Les pro-charte, on s’est fait dire qu’on allait à l’encontre de la liberté de religion. Par sa nature même, la religion brime tellement de libertés. Libre à vous de choisir d’adhérer au dogme prescrit, mais dans l’appareil de l’État, pas de ça.

La meilleure façon de protéger la liberté de religion, c’est que l’État n’en ait aucune, disait Bernard Drainville. Et c’est aussi une excellente façon de protéger la liberté tout court.

*

J’ai vu la mer et le ciel se confondre à un endroit bien précis. C’était à Wells Beach, marée haute. Là, dans l’horizon, en faisant un carré avec mes doigts comme un réalisateur à Hollywood, je ne pouvais clairement voir la ligne entre les deux. Dans mon carré, j’avais deux immensités réunies et mes doigts ne sont pas si grands. J’ai pris une photo mais j’ai trop zoomé. Y a plein de pixels dans mon immensité, merde.

*

Quand ma blonde me tient par le bras en marchant, pas par la main, par le bras, quand elle s’accroche à moi, y a plein d’amour, de tendresse. Je la tiens pas, elle me tient. Et je me sens si important. Si pertinent.

*

De vieilles maisons abandonnées recouvertes de lierres, le vent du large qui passe à travers la forêt, les nuages d’orage qui forment comme des tubes dans le ciel gris, les oiseaux volent bas. La terre de Lovecraft et de King. La terreur pourrait nous prendre facilement, c’est plutôt la sainte paix qui m’a pris. On est si bien, c’est quasi paranormal.



mardi 5 août 2014

Aventures quasi paranormales du Vilain Rouquin dans le Maine

De Montréal à la Côte Est américaine, la route est longue. Longue et plate. On peut sans difficulté être à 30 kilomètres d’un endroit et trouver la route longue et être à huit heures de distance (je dis huit heures de distance, allusion subtile à l’espace-temps. Hommages Albert!) et pas trouver ça long pantoute. Le tour de la Gaspésie, c’est pas long. Comprenez le principe. Bref, la route est longue de Montréal à Ogunquit. Surtout quand tu boudes dans l’auto après une dispute avec ta blonde.

Avec le pipi, le caca et la branlette, la dispute avec ma blonde est une des activités que je pratique le plus pour faire sortir le trop-plein, l’excédent. On est des corps et on évacue : pipi, caca, sueur, sperme et bile. Eh bien, je sue moins que je m’engueule. Un paresseux teigneux. Je peux même dire « tu me fais suer » dans une engueulade alors que je ne sue pas du tout. Je sue si j’ai chaud. Je m’engueule si j’ai raison. Et comme j’ai plus souvent raison que j’ai chaud… Bref, on s’est disputé sur la route parce que je trouve que Stuck with you de Huet Lewis & The News est de la meilleure musique de road trip que D’aventure en aventure de Serge Lama. On s’en va dans le Maine, câlisse! C’pas le temps d’écouter les souffrances d’un Français déprimé parce que sa blonde est morte dans un accident de voiture. Il faut du léger, de l’estival. Steve Miller Band, John Mellencamp, CCR, Weezer, Bob Marley, le choix est quasi illimité. Mais Radiohead, Léo Ferré, Leonard Cohen, allons!

-Mais c’est beau.

-Tu l’écouteras à maison avec un verre de vin.

-C’est plate ta maudite musique des années 80.

-C’est ça, mets ta musique française des années 60.

Pendant ce temps, on traversait les Appalaches, Green Mountains, les nuages se décrochaient tranquillement de leurs flancs comme des méduses-montgolfières qui s’élevaient vers le ciel. J’ai pris une photo sans la montrer à ma blonde d’un de ces nuages se soulevant.

Pour me faire chier sans doute, elle a mis la radio à Radio-Canada, en plein cœur des montagnes du Vermont. Ça rentre jusques là, dites donc.

La mer nous a attendus. Ils annonçaient de la pluie, pas de pluie. Chouette. On est arrivé è la plage et un énorme brouillard à la Stephen King enrobait les baigneurs. La mer camouflée signalait sa présence seulement par le son magique de ses vagues. Le soleil a dit : ça suffit et a fait se volatiliser la brume étrange pour faire apparaître une vision enchanteresse. Comme quand une femme, ma blonde, sort de la douche et que la vapeur d’eau la cache un instant puis se dissipe.

On a mangé du Chinois. Pas d’ustensiles. Ils l’avaient oublié dans le sac de take out. On n’a pas rappelé. De la soupe Hot and sour et du riz au porc, pas de cuillère ni de fourchette, c’est difficile. Mais, merde, c’est les vacances, on commencera pas à se faire chier.


I’m so happy to be stucked with you.        

mardi 15 janvier 2013

La faute à Milou.


Et voilà, cette putain de vie, ce putain de temps qui ne suspend pas son vol et ces putains d’heures fugitives, bref… ma fille est une ado. Mon fils m’avait déjà fait le coup avant mais là, c’est fini, je n’ai plus d’enfants enfants. J’ai deux ados, deux ados de merde, même. Et en plus que mes valves sont fermées, adieu l’enfance. Adieu toutous, adieu becs au dodo, adieu tout nu dans le bain avec les kids qui voient mon gros pénis et qui, s’ils sont sans doute très impressionnés, ne sont pas scandalisés pantoute. Adieu les tas de neige, adieu les phrases mignonnes, mes enfants ont grandi et moi… moi, je suis triste et je pleure.

Bon, je pleure pas mais ça fait mal. Parce que mes enfants-enfants étaient de très chouettes enfants et l’ado le plus cool n’accote tout simplement pas un enfant tout mignon, non, non.

Ma fille a quatorze ans aujourd’hui, mon fils en aura dix-sept, Quand est-ce que ça va arrêter ? Que fait le gouvernement, tabarnac?  Qu’est-ce qu’il attend ? Qu’ils aient quarante ans ? J’en peux plus. J’en peux tout simplement plus.

Mes amours éternels sans commune mesure où l’homme que je suis n’a pas accès ni de près ni de loin… Mes amours intaris, mes amours d’amour, arrêtez ça, tout de suite.

Je t’aime, ma Milou, et je te souhaite un joyeux anniversaire mais là, à go, tu arrêtes de vieillir, chérie. Parce que si ça continue, tu seras une femme sans que je m’en rende compte.

La plus merveilleuse femme du monde.

 

dimanche 4 novembre 2012

Ce qu’il me faut d’amour.


 
 
Installé au septième étage d’un édifice du centre-ville, appuyé sur le garde-fou, je regarde tout en bas et m’imagine sautant dans le vide en criant youppi! Pour m’écraser sur le toit d’une bagnole. Les témoins expliqueraient :

« Ben, c’est ça, y a sauté pis i s’est écrasé su l’toit du char.

-Avez-vous entendu quelque chose?

-Oui, me semb’ que j’ai entendu youppi.

-Youppi?

-Oui, comme les Expos. »

Mais je ne me jette pas en bas. Je ne me lance pas devant le métro. Je ne me pends pas et je ris et je pleure et je bouffe et je vis.

 

Je ne crois pas en Dieu, je ne comprends pas le monde, tout m’étonne et même si je me lève la nuit parce qu’il y a du bruit, même si j’affronte le regard agressif de l’autre qui se méfie de moi, j’ai peur de tout. Mais je passe à travers tout, comme un fantôme, un passe-muraille.

C’est grâce à elle. Tout est à grâce à elle. Ou tout est de sa faute. Elle me donne exactement ce qu’il me faut d’amour. Pour vivre, pour aimer la vie, pour avoir un sens.

Havre, soleil, ma blonde.

Avant, quand une fille me laissait, je me demandais ce qu’elle avait découvert en moi qui faisait qu’un jour elle ne m’aimait plus… Quoi? Une fois que tu m’as découvert, tu ne devrais pas te tanner.

Je me demande souvent ce qu’elle voit en moi qui fait qu’elle m’aime encore.

(Même pas vrai, je le sais exactement, c’est que je suis trop cool et intelligent et rigolo…)

(Même pas vrai que c’est pas vrai, je me le demande pour vrai.)

Quand tu trouves quelqu’un qui te fait naître à chaque jour, tu dis merci et tu la presses tout contre toi. Merci bébé.

jeudi 26 juillet 2012

Aventures désopilantes: Chapitre V

Chapitre V : Dans lequel nous découvrons la Mitis.



Quand, assis à mon balcon, j’observe la vie de la ruelle et la progression incessante de mes hibiscus, du petit plant de tomates que mon amoureuse cajole ou du laurier dont les feuilles se multiplient, je ne me lasse jamais de chaque détail qui anime ces matins légers. Je prends mon café, caresse mes chats, lis un bouquin ou le journal et je suis bien. Une putain de ruelle d’Hochelaga suffit à assurer mon bien-être. J’y invite mes amis : « Venez, on va s’asseoir sur le balcon. »

Imaginez un instant l’état dans lequel je me trouve, installé sur le perron face à la mer, le vent léger qui m’envoie du sel par la tête, mon espresso et ma clope et vous écrire à vous, lecteurs assidus et enthousiastes. Ca devrait être illégal.  

***

La télé pogne un poste : TVA. C’est un truc pour qu’on reste dehors et qu’on profite de la vie.

***

Les nuages s’étendent au loin sur la mer, ils se prennent pour une chaine de montagnes. Peuh! Bande de frais.

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Le Parc de la Rivière Mitis. Ma blonde, ma fille et moi. Le sentier s’enfonce dans la forêt et de petits écriteaux y sont parsemés. Sureau pubescent, impatiente du cap, épinette blanche. Juste des noms bâtards que personne ne comprend.

Nous marchons dans la forêt. On dirait la forêt laurentienne avec ses sapins baumiers et ses érables, ses thuyas, ses quenouilles. On se dirait en Mauricie mais la mer réussit à nous envoyer des effluves. Pas de cocotiers ou de palmiers, j’ai cherché, juste des arbres ben straight. La mer, ici, c’est ça.

On descend un long escalier fait de billots de bois. Long comme celui de l’Oratoire et on aboutit à une grosse roche sur le bord de la rivière. Tout ça pour ça ? Ta gueule, écoute les rapides. Écoute les rapides pis ferme ta gueule.

Et il faut remonter… Je devrais arrêter de fumer, putain. Tiens, une tour d’observation ? Allez, on monte!

A l’intérieur de l’accueil, un petit musée. Musée… Une exposition, disons, mais très éducative. L’écart entre la marée haute et la marée basse s’appelle le marnage. Dans le coin, c’est 4 mètres. 4 mètres de marnage. On en apprend-tu des affaires ?

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Partout, des Dixie Lee. C’est comme un PFK de l’Atlantique. Il y en a en Gaspésie, dans le Bas-Saint-Laurent, au Nouveau-Brunswick. Du poulet pané, des clams panés, des crevettes panées, des pétoncles panés. Les enfants aiment ça. Donnez-nous un fast-food et on vous fout la paix. Évidemment, ils prennent le poulet. Je les déteste.
 
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Padoue est un petit village qui fête ses cent ans du 26 au 29 juillet. Tout petit, une église, une mine de ketchup, fouillez-moi et googlez si vous ne me croyez pas et quelques maisons perdues en montagne. Les organisateurs espèrent 500 personnes. Bon succès!

On a pris une photo sur le perron de l’église et une autre avec la pancarte du centenaire. Bon, on va y aller…


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On a fait des kilomètres et des kilomètres pour se rendre aux Jardins du Saroit à Saint-Gabriel-de-Rimouski. Ma blonde voulait des légumes du terroir. Finalement, ils vendaient des fraises et de la fleur d’ail. On a pris des fraises et de la fleur d’ail… Et les fraises étaient hallucinantes. Petits jardins, certes, mais quels produits!
 
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A la buanderie du camping, ma blonde met le linge dans la sécheuse et on repart faire des courses. En fait, on va chercher le Devoir et des clopes au dépanneur des Boules. Les Boules, je vous jure, c’est vraiment le nom du village. J’aimerais bien rencontrer la fille qui a inspiré ce nom. Bref, on revient à la buanderie et j’attends dans l’auto pendant que ma blonde va chercher le linge.

-Il y a une grosse torche qui a sorti notre linge et mis le sien dans la sécheuse.

-Qu’est-ce que t’as fait ?

-J’ai sorti son linge pis j’ai remis le mien. Pis là, je reste à côté de la sécheuse.

-Qu’est-ce qui te dit que c’est une grosse torche ? Ca peut être un gros cave.

-Pis j’ai laissé son linge en boule. Ca se peux-tu faire ça ?


Ca se peut pas, en effet. On a assez de problèmes, ces temps-ci.








mercredi 25 juillet 2012

Chapitre IV: Aventures désopilantes...

Chapitre IV : Où Aragon nous rejoint.

L’anse est séparée de la mer par un long bras de rochers qui fait que, peu importe la hauteur de la marée ou sa bassesse, les vagues ne viennent pas jusqu’à nous. Les gros moutons blancs dont je vous parlais sont là au large qui frappent cette barrière, obstinés, décidés à entrer comme le loup dans la maison de brique du dernier petit cochon.

Pour rejoindre la mer, il faut marcher. A l’ouest, un phare. Mais un vrai phare dont le faisceau lumineux… putain! Qu’est-ce qu’il fait, le faisceau ? Il pivote? Il tourne? Note à moi-même, revenir sur ce bout de phrase plus tard. Deuxième note à moi-même, je suis en vacances, laisse faire ça.

Bref, d’un pas résolu et vachement séduisant, je me décidai à partir à la conquête du phare lointain. Hop! Profitant une fois de plus de la marée basse, je marchai sur la berge qui, géologiquement parlant, est assez fascinante. Aux cent mètres environ, la couleur des rochers change, passant d’un gris roche standard à ocre puis quasi-bourgogne. Quelquefois, du sable, rarement, puis de longues étendues de pierres stratifiées, mais pas une par-dessus l’autre, les strates, non, non, elles sont à la verticale ou en diagonale, oui, oui. Ma théorie : avec le temps, elles se déplacent, lentement, très lentement, elles sont poussées, soulevées, l’effet de la tectonique des plaques.

Je passai un paquet de chalets où le drapeau du Canada et celui du Québec se côtoient. Et ça, j’haïs ça. Que tu sois fédé, ok, mets ton drapeau du Canada pis c’est ça. Mais quand tu mets les deux, tu dis que tu es content que le Québec soit une province canadienne et ça, ça m’écœure. Une province… beurk!

J’arrivai enfin au phare. Station de recherche Métis-sur-Mer. Gouvernement du Canada. Une barrière bloque l’accès par la route, cadenassée. L’ensemble des fenêtres des bâtiments, quatre au total, est barricadé, des planches peintes en rouge. Fermé. Un hangar de bois surnommé Octave, d’après l’écriteau au-dessus la porte, rappelle que des gens ont vécu, pas seulement travaillé, mais vécu et donné des surnoms à leur hangar, ici. Le gouvernement fédéral a mis la clé sous la porte. Décidément, la recherche…

Je m’installai enfin sur un des rochers qui constitue le long bras protégeant l’anse et je regardai les vagues frapper bruyamment et sans arrêt. Le vent du large sentait bon, j’étais si bien que je me levai et retournai au chalet.

***

Hier, au coucher du soleil, le ciel avait la couleur de la crème glacée à la gomme balloune. L’eau était rose et un des galets que j’ai lancé a fait au moins dix ricochets.

***

Le phénomène des campings me dépasse. Cordés les uns contre les autres, VR, tentes-roulottes, petites tentes deux places s’entassent. Les gens sacrifient leur intimité et s’installent pour deux semaines, voire plus, dans ces drôles d’endroits. Je ne comprends pas.

Je ne juge personne et j’y vois même quelque chose de foncièrement sympathique. Peut-être que le monde est écœuré d’être tout seul, écœuré de la banlieue froide, écœuré du voisinage anonyme. Peut-être que le monde est juste quétaine. C’est cool –d’une certaine façon- être quétaine. Trop de proximité pour moi. Là, tout de suite, je suis assis sur la longue galerie d’un chalet entouré d’arbres, installé sur des pilotis, à flanc de falaise. Un petit suisse est venu me voir pendant que j’écrivais. J’entends la mer et les oiseaux.

Trop sauvage pour un terrain de camping. Depuis que je suis levé, j’ai cette phrase d’Aragon avec la voix de Ferré en tête « Est-ce ainsi que les hommes vivent? ».

Je comprends tellement rien à rien.     

***

L’adolescence n’est décidément pas une période facile et surtout pas pour les parents. Un enfant de deux mois s’émerveille devant un pouce qui bouge. Un ado de seize ans regarde la mer deux minutes et dit : « Ouain, pis qu’est-ce qu’on fait astheure ? » -Et si on te clouait la langue dans le front ?, que j’ai envie de répondre.



Respire l’air marin. Regarde au loin. Rêve. Voilà ce que je me dis. Oublie cette progéniture déroutante, disons. Viens, ma belle, allons marcher sur la plage.  

mardi 24 juillet 2012

Aventures désopilantes: Chapitre III

Chapitre III : Dans lequel l’auteur lit, rêvasse, rêve et va au lit.

Lire. Tourner les pages d’un livre. Suivre les mots dans l’ordre et les visualiser dans sa tête.

Lever la tête, regarder la mer au loin, la berge tout près. Tendre l’oreille, le cri des mouettes, le vent dans les arbres, les bruits étranges de la forêt. Sentir l’odeur du sel, de l’eau, des arbres, de ma clope qui fume. Prendre une puff et retourner dans le livre.

Je lis Clara et la pénombre de José Carlos Somoza. Acheté usagé à côté du terminus d’autobus de Montréal, il y a de ça trois ans.

Page 246 : Les morts apparaissent quand nous dormons. Notre unique vie éternelle consiste à habiter les rêves des autres.

Je ferme les yeux. Une rivière qui serpente entourée de falaises abruptes. Des montagnes, une montagne au loin dont le sommet est déchiré par une fosse de sable. Une fosse longue et fine qui divise la montagne comme un gâteau qui se fend à la fin de la cuisson. Je crée des décors pour les rêves, yeux fermés, éveillé. Un endroit où pourront vivre les morts.
 

***

Mes amis politiques ne lisent pas ces textes, ça ne les intéresse pas. Je reçois des commentaires privés, souvent, de mes autres amis. Mais les gens en politique ont la fâcheuse tendance à se concentrer sur la politique. Mes textes politiques sont les plus lus, les plus commentés, les plus partagés et les moins intéressants. C’est ce que je pense. J’étais très content de la Vieille fille laide, du Clochard et de Grand-Papa. C’est loin d’être mes best-sellers!

Selon moi, ce sont ces textes qui sont les plus politiques. Le sens de la vie, l’amour, la mort, vivre en société, la joie, la musique, la beauté, la solidarité et l’individualité, le rêve. Voilà pour moi des raisons d’agir. Une société qui rêve et qui rit, qui baise et qui se colle, qui pleure et qui aime. C’est pour ça que je milite.


***

Mes rides autour de mes yeux se sont formées à force de rire, j’adore rire. L’euphorie est si agréable. Paradoxal tout de même qu’en les regardant, je vois des rigoles pour mes larmes.


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Métis-sur-Mer. Un village avec des maisons qui s’appellent Buttercup et Red House, superbe maison rouge, des maisons comme des manoirs qui longent la côte. Au bout du village, une épicerie qui sent, d’après ma blonde, comme chez une grand-mère. Une petite épicerie grosse comme un dépanneur avec un vivier plein de homards. Quand j’étais petit à Pâques, au Provi-Soir, ils vendaient des poussins. Cinquante cennes pour un poussin, trop cute. On l’achetait, il grossissait et il devait laid. Dehors, le poussin. Eux, ils vendent des homards. Mais pas cinquante cennes. La porte fermait mal et il y avait le bip bip électronique qui n’arrêtait de sonner. Au début, je trouvais ça drôle, je faisais une danse techno sur le bip bip pour faire rigoler ma blonde mais cinq minutes de ce bip bip et j’étais déjà en train de devenir fou.

Métis-sur-Mer, les Anglais avaient les grosses cabanes, les Jardins de Métis, Assle Park. On dira ce qu’on voudra, ils l’ont l’affaire.


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Je m’intègre facilement à cet environnement. Déjà, ma rue de Montréal devient indistincte. L’actualité m’intéresse moins. De toute façon, l’actualité vieillit mal. Ici et maintenant, je n’aime pas ça. Partout et toujours ou nulle part et jamais, je préfère.

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Les vagues frappent les rochers en de gros moutons blancs. Un oiseau passe en criant. Cette nuit, l’orage éclatera, les éclairs éclaireront la noirceur paisible de ce ciel sans lune. Je dormirai en paix.

lundi 23 juillet 2012

Aventures désopilantes, chapitre II


Chapitre II : Dans lequel notre héros échappe ses clopes dans la mer. Désopilant!



Selon le temps qu’il fait, selon la profondeur de l’eau, selon les vagues que produit le vent, selon la position de l’observateur, le bleu de la mer change. La salinité, le degré de pollution, la position du soleil, la quantité de nuages, la nature même du fond marin doivent aussi jouer un rôle. L’environnement. Moi, selon que je sois en forme ou pas, selon ce que je porte, il parait que ça modifie la couleur de mes yeux. Je me demande bien si le bleu de la mer modifie la couleur de mes yeux. Je me demande bien si moi, près de la mer, je modifie aussi son bleu.



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Ô platitude! Je veux chanter tes louanges! Gloire à vous, heures lentes, qui rallongez mes jours. L’ennui et la paresse, l’inaction, le silence, la rêverie oisive. Platitude, sensuelle platitude. Ne rien dire d’intéressant, ne rien faire d’intéressant, ne pas être intéressant et se détourner de soi. Tous les bâillements moroses, je vous accueille à bras ouverts. Venez à moi, discussions ineptes, événements vains, non-événements, j’aspire à toi, platitude, toi, ma compagne, ma muse, mon but.



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Quand la marée est basse, on peut se rendre sur l’île aux crabes, un petit ilot avec cinq conifères dessus et recouvert de carcasses de petits crabes. A voir aller les mouettes, je suspecte qu’elles les pêchent, s’envolent et les laissent tomber sur les rochers de l’ilot où les crabes, malheureux, se fracassent. Ensuite, l’ignoble mouette se régale. Selon la perspective du crabe, c’est atroce, selon celle de la mouette, c’est délicieux. Mais de quoi devrions-nous le plus nous préoccuper ? Du malheur des morts ou du plaisir des vivants ? Moi, je dis fuck les crabes et bon appétit.



Reste que si les crabes pouvaient crier en tombant, ça serait un peu lugubre. Leur silence doit jouer dans ma prise de position pro-mouette.



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Quand la marée est basse aussi et qu’on se promène sur la berge, on voit des Pttt! Pttt! C’est comme des petits geysers. Soit des moules, des coques, des poissons de vase ou encore des crabes, que sais-je ? Tu marches et partout des Pttt! Pttt! Ca, moi, ça m’émeut. Étrangement, je suis toujours ému par ce que je ne saisis pas. Ca doit être pour ça que j’aime la poésie. Pttt! Pttt!



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On est allé s’étendre sur la grève. Ma blonde avait déniché un super spot. Une grosse pierre en angle sur laquelle on pouvait s’appuyer la tête et le cul sur le sable. La marée montait mais on était à dix bons pieds du bord de l’eau. En marchant pour s’y rendre, j’ai mis mes pieds dans l’eau, elle était chaude. Sans doute, parce qu’on est dans une anse et que le soleil pouvait la réchauffer à marée basse. A marée haute, tu regagnes de l’eau de mer et ça refroidit. Deux pas que j’ai faits dans l’eau, deux petits pas, et mes clopes sont tombées sans faire plouf! ni rien. Où sont mes clopes ? Dans l’eau, câlisse.



La marée s’est mise à monter à une vitesse surprenante. Après à peine cinq minutes, on avait le cul dans l’eau et on a du changer de place. Dis donc, ça déconne pas, la marée. On s’est éloigné un peu. Trente pieds de l’eau facile, pour pouvoir lire tranquilles. Il y avait un chien noir fou qui courait après des roches qu’on lançait dans l’eau. Je pensais qu’il était à une petite fille qui jouait avec lui et puis, comme je me suis mis à lancer des roches à mon tour pour les faire ricocher, le chien a quitté la petite fille et est venu nous rejoindre, on était à au moins deux cent pieds.



Si un chien veut que je lance une roche dans la mer pour qu’il la rapporte, j’obéis. C’est plus fort que moi. Une bonne vingtaine de roches que j’ai lancées et il rentrait sa tête dans l’eau en courbant le dos, il ressemblait à un monstre marin, ce chien noir, pour dénicher la roche qu’il rapportait au bord de l’eau. J’ai cherché un morceau de bois, je lui ai lancé, il est parti après et quand il a vu que ça ne coulait pas, il a laissé faire le morceau de bois. « Lance des roches! », ordonnait le chien. Bon. Bon.



On est reparti et on a croisé des gens autour d’un feu qui se parlaient entre eux.



-C’est quand même une plage privée ici.



Ca devait, subtilement, s’adresser à nous. On croyait que l’anse appartenait au domaine mais il semble qu’un bout de plage précis soit à d’autres. On était seuls, on ne dérangeait personne. On était isolés mais il y a fallu qu’on tombe sur des humains. Foutus humains! Avoir su, c’est vers eux que j’aurais lancé mes roches.



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Un feu sur la plage, le soleil vient à peine de se coucher, le vent se lève, le vent du large, ça sent bon, la mer. Et il nous envoie sa puissance en pleine gueule, comme ça, pour rien. Ok, ok, c’est toi, le plus fort. On est entré se coucher.      

dimanche 22 juillet 2012

Les désopilantes aventures du Vilain Rouquin dans la Mitis.

Chapitre I: L'arrivée.


1959. Nous sommes partis de Kamouraska pour monter vers Pohénégamook, puis Rivière-Bleue où il n’y a pas de station d’essence et où nous avons trouvé une espèce de resto infect pour diner. A deux pas du Maine, le Témiscouata. Qui va dans le Témiscouata ? Cabano, Dégelis, Lots-Renversés, Auclair. Un village de montagne, quelques centaines d’habitants. C’est là dans ce trou perdu que mon beau-père a grandi. Sur le rang Saint-Grégoire à Saint-Émile-Auclair, devenu simplement Auclair avec le temps. La famille a quitté pour Montréal. Seule est restée Yolande, 20 ans. 1939-1959. Elle venait de se fiancer. Le cimetière est au milieu d’une côte, une crisse de grosse côte. Une côte que tu montes à côté de ton bicycle. 20 ans. Tu meurs pas à vingt ans. Tu baises, tu te saoules, tu ris. En 59, tu vas danser mais tu meurs pas. Surtout pas dans un trou perdu où personne ne vient jamais te voir. Auclair, c’est le bout du monde.



Mourir à vingt ans au bout du monde, quand même, c’est beau. Moi, je vais mourir tout près et si personne ne vient me voir, c’est qu’ils n’en auront simplement pas envie.



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On a continué. Squatec, Lac-des-Aigles, Esprit-Saint où chaque porte porte un écriteau avec Esprit-Saint ou Saint-Esprit gravé dessus, La Trinité qui fête son soixante-quinzième. J’inverse peut-être des villages. Les lacs sont longs et immenses dans le Témiscouata. Le Lac Pohénégamook, le Lac Témiscouata, le Grand Lac Squatec. Les montagnes sont longues et immenses dans le Témiscouata, ça fait plus penser à l’Estrie qu’au Bas-du-Fleuve. La mer est réapparue vers quatre heures, à Luceville.



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Le chalet vert surplombe l’anse. La vue d’ici est imprenable, ça sent le sel marin. Je préfère le Québec aux Québécois. J’aime pas les Québécois tant que ça, finalement. J’adore le Québec, j’adore ce territoire. Il y a une profonde injustice dans le fait qu’ici, ça soit chez nous. Vous pensez que vous méritez le Québec, vous ? Qu’est-ce que vous avez fait de si extraordinaire pour avoir tout ça ? Du vert, du bleu, de l’eau douce à profusion, la mer, la montagne, des terres grasses et riches, quatre saisons, des forêts à perte de vue, des paysages à couper le souffle. Aucune reconnaissance. Le Québec est trop beau pour nous. Bande d’ingrats.



Ca lit le Journal de Montréal, ça magasine chez Walmart, ça chiale contre les étudiants, ça voterait Charest que je serais pas surpris, ça vote pour le changement mais ça sait pas ce que ça veut.



On est comme Adam et Eve, on vit au Paradis pis on trouve le moyen d’être cons.

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Je me prends souvent à sentir de la nostalgie dans ma façon d’écrire. Dès qu’un instant est passé, je m’attendris dessus. Je relis ma première phrase : 1959, là en haut et je suis submergé d’images. Un nostalgique instantané, voilà ce que je suis.



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-Vas-tu publier à tous les jours ou tu vas faire un long texte ?, que me demande ma blonde.



-Je sais pas, je réponds, les pieds dans l’eau salée.



-Madame Demers pourrait te lire à tous les jours et avoir hâte au lendemain.



Je réfléchis une seconde. Plus que ça, ça me fout des migraines.



-Bon, d’abord, je vais retourner au chalet terminer ma journée d’hier.



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Le ciel avait des nuages qui font des formes comme un poisson ou une guitare électrique. On avait vu un escargot aussi avec ses deux antennes. Il y avait de la musique dans l’auto et je me disais que choisir de la musique pour cet univers-là, c’est pas que la petite affaire. Un musicien devrait, après avoir composé sa chanson, l’écouter sur la route, par un jour d’été ensoleillé partiellement nuageux, dans les montagnes près de la mer. Si elle passe le test d’être une bonne trame sonore, tu l’enregistres.



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Quand je suis assis dans le siège du passager, je me regarde souvent dans le miroir latéral, celui dans lequel je suis plus près que je n’en ai l’air. Je peux passer plus de temps à me regarder dans ce miroir que dans n’importe quel autre. Il y a des journées à la maison où je ne me regarde pas. Je ne m’en porte pas plus mal, je suis beau en-dedans.



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Dans le coin de la chambre, une chaise recouverte par un drap blanc. Les portes grincent et s’entrouvrent au moindre courant d’air. Le plancher craque. La nuit, la route 132 toute proche laisse passer une voiture aux heures et il n’y a pas de lampadaire, on marche dans le noir. Le chalet est en retrait, les autres longent la berge, le nôtre, sur deux étages, surplombe l’anse. Je vous l’avais déjà dit, ça, non ? Bref, il y a du matériel pour une histoire de peur. Le truc, c’est de ne pas soulever le drap blanc mais j’avoue que, malgré moi, ça me démange.

mercredi 18 juillet 2012

Plus rien à dire

Évaché sur un hamac à lire un polar, tranquille, le soleil passe à travers les branches de vieux arbres mais ne m’atteint pas. Les enfants jouent dans l’eau du lac, jouent… hurlent, oui!, vos gueules, bande d’enfants de merde! Ma blonde prend du soleil avec une copine, grand bien leur fasse, moi, je suis un homme de l’ombre. Hombre del ombre. Je ne sais même pas si ça se dit de même mais c’est flash.

Ca ressemble au bonheur, ça ne dure pas et ça se savoure à la fois sur le coup et après coup. C’est tout ce que j’avais à dire.

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Vous avez tout dit, sur tout. Vous avez une opinion sur tout. Mes réflexions deviennent superflues, je n’en ai même plus besoin. Vous avez lu l’opinion pertinente d’un chroniqueur politique que vous vous empressez à partager et commenter. Vous avez saisi le bon coup d’un des nôtres, le mauvais coup d’un des leurs. Et vlan! Vous y ajoutez un commentaire ravageur et je vous dis et je me dis que Putain! Je n’aurais pu mieux faire. La vache! Que me reste-t-il ?

Moi, j’ai un hibiscus en feu qui fleurit dix fois par jour, ça vous les coupe ?

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Ne croyez pas que je critique vos commentaires astucieux et allumés, non, non, non. La vérité, c’est que je me croyais original, je croyais que ma structure de pensée était mienne. J’apportais ma pierre à l’édification de la pensée québécoise. Mais voilà, ma pierre a déjà été posée cent fois par cent autres et fous nous la paix avec ta pierre, on en n’a pas besoin. Ah, c’est comme ça ? Dans ces conditions, de quoi est-ce que je peux bien parler si j’ai envie de parler ? Et sur quoi puis-je bien écrire si j’ai envie d’écrire ?

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J’ai peur de devenir misanthrope. J’ai peur du cynisme qui me guette et qui attend que mes idéaux s’affaiblissent. J’ai peur de la peur confortable qui paralyse et par-dessus tout, j’ai peur de moi. Peur de mes Pfff! Peur de mes Peuh! Peur de mes Bah! Je les sens tout près qui veulent me posséder.

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Je n’ai jamais porté le carré rouge. Rien contre le carré rouge mais c’est trop limitatif pour moi. Quoi, afficher à la face du monde que ma cause à moi, c’est être contre la hausse des frais de scolarité ? Non, j’ai trop de causes pour me limiter à ça. Je devrais porter le carré roux : ça inclurait toutes mes causes. Et puis, pourquoi un carré ? M’en fous des carrés, sinon que le périmètre est facile à trouver une fois que tu as la longueur d’un côté. Mes cheveux, tiens. Je porte mes cheveux pour arborer mes causes.

Ca n’a aucun sens mais je m’en fous.

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Dans ta main repose la mienne
Et nous vaincrons ces enfants de chienne.

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Dans ta main repose la mienne et nous vaincrons ces enfants de chienne. J’avais écrit cette phrase au Petit séminaire… Ca n’a jamais fait partie d’un texte, c’était indépendant. Peut-être que je voulais écrire quelque chose de plus long mais que je ne savais simplement pas qui étaient les enfants de chienne en question, je ne le sais d’ailleurs toujours pas. Reste que « les enfants de chienne », ou juste « enfant de chienne », ça frappe. Ca frappe plus que « son of a bitch ». Des fois, les Anglais ont des expressions qui rentrent dans le corps mais quand le français décide d’être une langue dure, paf! Ça en jette.

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Voilà à quoi vous me contraignez avec vos commentaires et vos statuts et vos partages. Vous avez tout dit. Refonte de la carte électorale ? Qu’en penses-tu, Éric ? J’en pense ce que les 214 autres ont écrit et commenté. Aussi bien se taire ou parler d’autre chose. Mais pendant qu’on se parle de même entre amis, pourquoi ces photos de soleil couchant avec une citation de marde, genre sagesse éternelle ? Le bonheur est un ami discret ou Ceux qui t’aiment vraiment te diront que tu as tort ou Les chevaux galopent aussi dans l’ombre de l’arbre séculaire. Bon, j’ai inventé ces trois conneries mais vous voyez l’idée.

La sagesse, de toute façon, est un concept vachement surestimé. Et vous pouvez reprendre ma phrase, la crisser devant un ciel étoilé et la partager pour commentaires profonds.

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Je me demande bien comment on entre dans la brigade anti-émeute. Ils font des campagnes de recrutement internes ou bien il faut en faire la demande ?

Il y a le cours Spécialisation anti-émeute 201 à Nicolet ? Ou on apprend sur le tas ?

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J’ai tellement envie de vivre. J’ai tellement peur de la mort. Je croyais pas que cette pouffe serait de plus en plus présente en vieillissant mais elle vient s’immiscer dans mes pensées à tous les jours, toutes les nuits. C’est fou que la mort soit devenue un enjeu politique, tout de même, avec les trucs de mourir dans la dignité ou de suicide assisté. Pas le droit de tuer personne, pas le droit de mourir comme on veut. Je pense même qu’il y a des règlements sur l’utilisation des cendres.

Je pense que je vas foutre le camp dans le bois, comme Thoreau. Adieu civilisation de marde, je m’isole. Avec ma famille, mes chats, mes livres et mon X-box.

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C’était une pluie chaude et j’étais complètement détrempé. On est-tu ben quand on veut ?